Critique d'art sur le travail de l'artiste peintre contemporain français - Nathalie Beauvais

Nathalie Beauvais entre ciel et mer

La mer est son port d’attache. Nathalie Beauvais s’inspire de bateaux et de voyages.

 « Je suis née à Royan sur l'océan Atlantique, je travaille et vis entre La Rochelle et les Sables d'Olonne. Je navigue en méditerranée où mon bateau est basé. La mer est indissociable de ma vie. »

Artiste autodidacte, elle souhaite rendre sa peinture libre et sans complexe. Elle peint exclusivement à l’huile pour sa brillance et son temps de séchage long qui lui permet de revisiter la toile selon son envie, aux pinceaux pour les fonds, aux couteaux pour les formes. Son intention est d’élaborer des fonds très purs pour lesquels elle travaille la couleur sous de nombreuses couches vives. Son emploi ne respecte aucune volonté de réalisme. Le diffus et le flou sont exécutés entre douceur, apaisement et tempête.

Vaporeuses et légères comme un nuage, ses toiles scellent la mer et le ciel pour englober le spectateur dans un voyage sans repères. La charge poétique se construit sur une vague fantomatique, sans unité de lieu ni de temps. Nathalie Beauvais est une navigatrice sans carte qui cherche les symptômes du grand bleu. Elle a cette tendance à dissoudre la figure dans la peinture. Comme si nous assistions à un lent naufrage. Pour garder le cape, le degré d'abstraction n'est pas total et les lignes de fuites structurent le regard qui rôde jusqu’aux marges de l’image.

« Les lignes d'horizons sont liées à la navigation, la façon dont vous percevez les choses en arrivant quelque part en bateau est toujours très particulière. »

Pour contraster d’avantage, l’artiste insère des volumes ; des voiles, des buildings, figures anonymes, images flottantes qui baignent au centre de la toile. Leurs découpes accentuées rythme l’espace. Tout est question d’agencement dans le travail de Nathalie Beauvais ; agencement des surfaces, agencement de la couleur… Son expressionnisme gestuel revendique la force imageante de la forme et des tons. Il rend énigmatique l’évidence de la représentation. Cet usage de la palette et de la ligne, ce jeu des traits et des fragments induit une logique narrative, quand bien même celle-ci reste en suspend. L’artiste apporte des indices de compréhension mais préfère laisser le spectateur explorer son travail avec plusieurs pistes de lecture.

Des séquences mélangées et fragmentées de récits se déploient et participent à un mouvement de métamorphose. La vibration visuelle entrelace le marin et l’urbain, renforçant le contraste entre éléments naturels et industriels, entre solidité et fragilité, entre forme fixe et instabilité. Le dépaysement n’en est que meilleur.  La peinture de Nathalie Beauvais est une visite sur l’eau aux confins mélancoliques.  On ressent sous sons pinceau la puissance du vent, les changements du ciel, le renouvellement continu des vagues, la violence et la beauté sauvage de la mer calme et déchaînée.

Canoline Critiks